Pouvez-vous vous présenter brièvement (prénom, âge, spécialité) ?
Je m’appelle Anna, j’ai 32 ans et je suis entre la 2e et la 3e année du double diplôme Médecine Vétérinaire-Sciences de la Production Animale à l’Université de Lérida (UDL), qui est une université publique située en Catalogne, en Espagne. J’ai intégré en septembre 2023. Je souhaite devenir vétérinaire mixte rurale-canine, ou vétérinaire en zoo.
Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ? Avez-vous toujours voulu devenir vétérinaire ? 🐾
J’ai toujours voulu être vétérinaire depuis l’âge de 6-7 ans. J’avais une réelle proximité avec les animaux de compagnie et les chevaux. Mon stage de 3e dans une toute petite clinique mixte a été une révélation pour moi, et j’ai adoré l’idée d’être une sorte de super-héro capable de traiter un peu toutes les espèces, de la chèvre au caniche en passant par le lama. Cette euphorie m’a porté pendant des années, et tous les stages ou jobs d’été que j’ai fait dans ce domaine n’ont fait que confirmer mon désir de faire partie du monde vétérinaire. Aujourd’hui mon projet professionnel a bien évolué, je vois le métier de vétérinaire d’un point de vue beaucoup plus global, et son importance dans la santé publique, comme au niveau politique et territorial. 🌍
Quel était votre parcours avant d’entrer en école vétérinaire (bac, prépa, concours, autres études) ? 📚
Mon parcours est… Long. ⏳
J’ai fait 3 ans de classe préparatoire BCPST à Toulouse après un bac scientifique. Une très mauvaise note en TIPE m’a fait dégringoler dans le classement alors que j’étais bien placée pour rentrer en ENV pour ma deuxième tentative aux concours, et cet échec a été très difficile pour moi. Je suis passée à 20 places de mon rêve.
J’ai choisi d’intégrer une Ecole d’Ingénieur Agronome à Montpellier par dépit, n’ayant pas les moyens de partir à l’étranger. J’ai essayé de me reconstruire et d’accepter que je ne serais jamais vétérinaire. Ça a été dur, ça a pris du temps. Je suis partie vivre au Chili à l’obtention de mon diplôme, où je suis restée 7 ans au total. J’ai travaillé dans différents domaines comme l’agriculture biologique, le développement rural ou la fruiticulture. Pour moi les animaux n’avaient plus leur place dans ma vie professionnelle si je ne pouvais pas les soigner, je sentais vraiment qu’une porte s’était fermée pour moi…
En rentrant en France en 2021, j’ai connu une période de remise en question. Je travaillais juste en face de l’ENV de Toulouse, ça remuait beaucoup le couteau dans une plaie que je pensais cicatrisée. Alors j’ai décidé de tenter le concours d’entrée aux ENVF réservé aux Bac+5. Dans le but de me préparer, j’ai fait un premier stage en clinique mixte qui a scellé mon destin : je ne pouvais pas l’ignorer, je me sentais complètement à ma place. A partir de ce moment là, j’ai compris que je devais avoir des plans de secours au cas où je ne serais pas prise au concours Bac+5 en France. Je me suis préparée à la Selectividad pour les universités publiques en Espagne, et j’ai postulé au tirage au sort en Belgique.
À ma grande joie, pile poil 10 ans après mon échec au concours prépa des Écoles Vétérinaires Françaises, j’ai été acceptée à l’Université de Lérida en Espagne. 🎉
Avez-vous trouvé l’accès à cette filière difficile ? Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite s’y préparer ?💡
Les PCE sont les épreuves de la Selectividad que nous devons passer en tant qu’étudiant étranger souhaitant étudier en Espagne. J’ai passé les épreuves de Biologie et Chimie, ainsi que les Mathématiques. Ces épreuves sont entièrement en espagnol, pour moi ça ne posait pas vraiment de problème après mon expatriation au Chili mais il a quand même fallu revoir quelques points de vocabulaire que je n’avais jamais eu besoin d’apprendre.
Ensuite le programme n’est pas si dur en soi, surtout après avoir fait une prépa (enfin, la mienne remontait tout de même un peu). Malgré tout, les épreuves sont très différentes de ce qu’on peut rencontrer France, donc il faut bien se préparer au type de questions, surtout les QCM, qui retirent des points en cas de réponse erronée. Les PCE ne correspondent pas exactement au programme du Baccalauréat français, le niveau est plus élevé dans toutes les matières et particulièrement en mathématiques. J’ai préparé les 3 épreuves en 1 mois, c’était très tendu, un sacré défi que je suis contente d’avoir réussi, mais c’était sportif !
Je conseillerais de prendre plus de temps pour s’y préparer, surtout si vous ne parlez pas bien espagnol, et de vous inscrire à un institut de préparation qui vous fournira cours et annales pour vous entrainer (il en existe en ligne, c’est pratique).
Comment décririez-vous la vie en école vétérinaire ? Était-ce à quoi vous vous attendiez ?🏫
C’est intense ! Les cours sont passionnants, il y a beaucoup de matières différentes, mais il faut être prêt à bosser. 👩🏻💻
On m’avait dit qu’en ENVF on étudiait sur un rythme semblable à la prépa et même ici je sens que c’est le cas, avec le stress des colles en moins. À Lérida les examens sont répartis sur toute l’année type contrôle continu, et il y a souvent des travaux à rendre ou des présentations. On a un peu la sensation d’être toujours en périodes de partiels donc il faut être bien organisé pour ne pas se noyer.
Je dirai aussi que le catalan est un vrai défi ! A Lérida la moitié des cours sont en catalan, et même si ça ressemble à l’espagnol et au français, ce n’est pas la même langue. Je pensais que je parlerais rapidement le catalan mais je n’arrive pas à me faire violence pour l’instant, je reste un peu dans ma zone de confort même si je le comprends très bien. Mais je ne regrette pas du tout d’avoir choisi la Catalogne, leur langue est très belle et je compte bien m’y mettre avant la fin de ma formation !
Quels sont les cours ou les matières qui vous ont le plus marqué ?📚
Pour l’instant, la Pathologie Animale en 2e année, parce qu’on voit vraiment les problèmes des organes et des systèmes, et que ça mobilise les acquis d’Anatomie que j’avais beaucoup aimé aussi en 1e année. En 3e année, j’adore la Production et Gestion des Ruminants car ces espèces me fascinent et il y a énormément de chose à apprendre à leur sujet !
Les stages pratiques ont-ils joué un rôle important dans votre formation ? Si oui, pouvez-vous en partager une expérience mémorable ?🏥
Les stages sont indispensables à notre formation. Ils ne sont pas toujours obligatoires mais c’est vraiment important de se plonger le plus tôt possible dans notre futur métier, et ça nous aide à retenir mieux les enseignements théoriques vus en cours.
Pendant l’été 2024, j’ai travaillé en tant qu’ASV dans une clinique canine. Un jeune chat qui s’appelait Boléro avait probablement subi un choc ou une chute, et le vétérinaire avait du placer une sonde thoracique afin d’évacuer un liquide qui obstruait ses poumons. Au moment de refaire le pansement, Boléro était agité, il avait mal, le vétérinaire m’a demandé de l’aider à tenir le démon. Je n’avais jamais fait ça, j’étais un peu stressée, le chat s’est retourné brusquement et m’a mordu vraiment fort la main. C’était assez impressionnant, mais le vétérinaire m’a soignée et remontré avec patience comment faire la contention correctement pour ne pas que ça se reproduise.
Après ça, Boléro est resté hospitalisé plusieurs jours, je nettoyais sa cage tous les matins, il n’a jamais manqué de venir me demander des câlins à chaque fois. Je ne garde aucun mauvais souvenir de cette morsure, c’était mon vrai premier apprentissage de véto : ne jamais oublier que quand l’animal a mal, c’est à nous de rester calmes et de nous protéger de ses réactions, même dans le cas du plus doux et affectueux des chats. Cette petite boule de suie aux dents aiguisée reste mon patient préféré depuis (enfin presque, il y en a trop!). 🐱
Aviez-vous des projets ou des examens particulièrement exigeants ? Comment les avez-vous vécus ?✍️
L’anatomie des muscles a été un véritable challenge. C’est beaucoup de par cœur, et notre prof était très exigeante donc ça a été très frustrant pour moi. J’avais la sensation d’apprendre et apprendre, et pourtant de douter beaucoup sur les questions.🧐
De façon générale, beaucoup d’examens sont sous forme de QCM, et c’est quelque chose qui me frustre pas mal, même si j’apprends à m’y faire, en travaillant sur des annales… Pas trop le choix !
Et enfin… Le travail en groupe est toujours un challenge. Tout le monde n’est pas toujours prêt à fournir le même effort dans un groupe, et ça peut créer des tensions. C’est important d’identifier une équipe qui marche bien, ou alors de savoir communiquer et motiver les troupes pour arriver à un travail qui nous satisfait.
Quelle est l’ambiance entre étudiants ? Y a-t-il beaucoup de solidarité ?🤝
À Lérida, il y a un système de parrainage de 1e années par des 4e années et ça nous permet de récupérer des notes, des examens et d’avoir une oreille attentive si besoin. Généralement on crée aussi des groupes whatsapp de promo pour tous les types d’info et partages.
Dès la première semaine il y a eu une journée d’intégration pour les 1e années et ça m’a permis de me faire un super groupe d’une petite dizaine de personnes, avec qui on s’entraide pour les cours entre autres… Aussi, je trouve les espagnols vraiment accueillants et ouverts, c’est fréquent qu’un personne que tu ne fréquentes que peu vienne s’asseoir avec toi pour papoter si tu es seul(e), et je trouve ça vraiment bien.
Après, j’ai chaque pied dans une promo différente donc je dois dire que ce n’est pas pratique pour bien connaître tout le monde, mais on organise de temps en temps des évènements de promo (comme le repas de Noël) qui nous ont bien aidé à nous ouvrir les uns aux autres. En comparaison avec les Grandes Ecoles en France, il y moins de clubs et d’asso pour la vie étudiante donc c’est plus compliqué d’établir des contacts avec le reste de la promo, mais l’ambiance est quand même bonne.😊
Quels ont été les plus grands défis que vous avez rencontrés pendant vos études ?🎯
Je dirais m’éloigner de ma famille, car mon conjoint vit à Toulouse, et même si Lérida n’est qu’à 4h de route, une relation à distance est toujours compliquée, surtout avec des études aussi exigeantes. Mes chats sont aussi restés à Toulouse parce que je n’ai pas trouvé d’appartement qui les accepte, donc c’est dur de ne pas les voir tous les jours 😔 Mais ca devrait changer dans les mois qui viennent 🤗
Y a-t-il un moment ou une réalisation dont vous êtes particulièrement fière ?💪🏆
Pour l’instant il n’y a pas grand-chose qui puisse détrôner mon acceptation à l’Université. Après je dois dire que j’ai été assez fière de moi cet été, lors de mon remplacement d’ASV dans une toute petite clinique de 2 vétos. J’étais la seule ASV sans aucune expérience et j’ai du gérer un peu tout : les ventes, l’accueil, le standard, les animaux… C’était très intense et assez stressant mais les vétérinaires étaient contents de mon travail et j’ai énormément appris (fait plein de bêtises aussi bien entendu).
Avez-vous déjà envisagé d’abandonner ou de changer de voie ? Si oui, qu’est-ce qui vous a aidé à continuer ?🚀
Absolument jamais ! En revanche je suis consciente que le début de ma vie professionnelle sera d’autant plus un défi qu’en tant qu’« étudiante sénior » il correspondra probablement avec d’autres changements dans ma vie personnelle comme avoir des enfants ou acheter un bien immobilier. C’est un moment de ma vie qui sera probablement challengeant mais ça fait partie du jeu !
Comment votre formation vous a-t-elle préparé à votre carrière future ?📆
Je pense que la formation de vétérinaire nous prépare bien à notre futur métier : il faut que nous soyons prêts à nous maintenir constamment au courant des dernières avancées, bien préparer nos cas quand on doit faire face à quelque chose qu’on ne maîtrise pas trop, etc. Je pense aussi que les sorties sur le terrain, en visite d’élevage et en clinique sont indispensables pour que soyons plus à l’aise avec les éleveurs et les systèmes d’élevages, mais aussi avec les clients quand il s’agit de la clinique.🏥
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui envisage des études vétérinaires aujourd’hui ?✏️
Qu’il est important de rester motivé, surtout les premières années où il y a beaucoup de théorie et peu de pratique. De bien s’organiser et de travailler régulièrement pour bien assimiler les concepts, puisque tout est sans cesse mobilisé dans les matières suivantes.
Je recommande aussi de faire des stages le plus tôt possible pour être sûr que le métier convient au projet professionnel, mais aussi parce que voir un cas réel permettra toujours de mieux assimiler ce qui est vu en théorie.
Selon vous, quelles qualités sont essentielles pour réussir dans ce domaine ?🩺🐾
De l’organisation, une appétence pour le monde de la médecine et pas seulement pour les animaux. Un estomac bien accroché parce que les nécropsies, ça peut être impressionnant !
Avez-vous une anecdote drôle ou touchante à propos de vos études ou d’un stage ?😂
Les TP d’anatomie principalement, qui ont mis dans le bain dès la 1e année !
Le TP sur l’estomac, en plus d’être peu ragoûtant de base (on doit inciser et vider le contenu de l’estomac), était accompagné d’une forte odeur de fermentation assez peu alléchante… Certains ont eu un malaise ou des nausées, et généralement la plupart fronçait le nez…🤢
Celui sur les muscles, où il fallait inciser les animaux entiers pour isoler ensuite chaque muscle. Il y avait un énorme Berger Allemand, et des petits chatons, c’était impressionnant. C’était quelque chose de réussir à s’affranchir du corps et de se concentrer sur l’apprentissage.
On peut aussi mentionner le fameux TP de Propédeutique, où la conclusion de ton auscultation est « bon, ben c’est formel, ce poney n’a pas de cœur ». Ça dédramatise et ça montre qu’on est tous un peu au même niveau !👍
Y a-t-il une personne ou un moment qui vous a particulièrement inspiré(e) dans votre parcours ?👫🏻
D’abord ma cousine, qui a aussi repris des études de médecine sur le tard, après un doctorat en génétique, et m’a constamment encouragée lorsque je lui ai parlé de mon projet. Et bien sûr mon copain, qui a été d’un soutien sans faille. Il a suivi tout mon processus de deuil et de remise en question concernant le métier de vétérinaire, et était tellement fier de moi quand j’ai décidé de reprendre mes études, même s’il savait que ça allait impliquer des ajustements majeurs dans notre quotidien. J’ai beaucoup de chance de l’avoir dans ma vie.
Un dernier mot à partager avec ceux qui vous liront ?🤓
J’espère que les personnes comme moi, qui sont plus âgées et hésitent à reprendre leurs études, pourront lire dans ce témoignage que c’est possible. Pas vraiment facile, au niveau financier comme au niveau personnel, mais tellement épanouissant. Si c’est vraiment ce que vous voulez, vous serez vraiment fiers de vous pour avoir pris cette décision.
Et j’espère que des jeunes qui pourraient se trouver dans la situation qui était la mienne à la sortie de prépa pourront se dire que ce n’est pas si grave de « perdre » quelques années, de reculer pour mieux sauter, et qu’il y a toujours un chemin pour nous si c’est ce qu’on souhaite. Personne n’a le droit de vous dire que votre rêve est terminé. Un concours ne définit pas ce que vous êtes, ce n’est qu’un moyen, et si ce n’était pas le bon, il y en aura d’autres.
Bon courage !🚀🔥

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